SUR LES CHEMINS NOIRS

« …
Les historiens avaient inventé des expressions pour classer les époques de l’humanité ; l’âge de pierre, l’âge du fer, l’âge du bronze s’étaient succédé, puis les âges antiques et féodaux. Ces temps là étaient des temps immobiles. Notre époque consacrait soudain un « âge des flux ». Les avions croisaient, les cargos voguaient…
Les hommes dansaient sur l’échiquier…
Une culture se devait à la circulation et au contact si elle voulait une chance de se voir célébrée…
La crise de Parkinson de l’Histoire portait le nom de mondialisation . La traduction de ce phénomène dans nos vies quotidiennes mettait à notre disposition fruits et légumes tropicaux dans l’épicerie fine la plus modeste d’une campagne en marge. Une question venait alors : pourquoi n’acceptait-on pas qu’un voleur de pommes s’introduise dans un verger et pourquoi permettait-on à une mangue du Brésil de trôner dans une épicerie de l’Ardèche ? Où commençait l’infraction ?
Comme la planète était promue théâtre de la circulation générale des êtres et des marchandises, par contrecoup les vallées s’étaient vu affliger de leurs grand-routes, les montagnes de leurs tunnels. L' »aménagement du territoire » organisait le mouvement. Même le bleu du ciel était strié du panache des long-courriers. Le paysage était devenu le décor du passage.
La ruralité s’instituait en principe de résistance à cet emportement général. En choisissant la sédentarité, on créait une île dans le débit. En s’enfonçant sur les chemins noirs, on naviguait d’île en île. Depuis un mois, je me frayais un passage dans l’archipel.

Ces extraits pris au milieu de son livre, « Sur les chemins noirs », Sylvain TESSON nous les offre sur le papier, chez Gallimard.
Victime d’une chute d’un balcon de 8 mètres, l’aventurier, fêtard et écrivain a frôlé la mort. » Si je m’en sors je traverse la France à pieds… »
Pas n’importe comment, par les chemins qui n’existent plus, ou plutôt qui n’existent que sur les cartes au 25 000e. Ces chemins qu’on ne voit pas par la peinture. Ce sont des traits noirs et fins sur les cartes. Parfois il faut les deviner.
Le film « Sur les chemin noirs » est dans les salles. Pierre (Sylvain) est incarné par Jean DUJARDIN. Ce choix est discutable, cependant l’acteur est bon.
Mais il faut lire le bouquin à défaut d’aller voir le film.

Je viens de le relire presque 6 ans après. Au lendemain du film, j’ai, comme souvent lorsqu’on a vu et lu dans n’importe quel ordre, si le texte est beau, le film aussi et inversément.

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Bon film et bonne lecture

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